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Antoine Wauters

NE_Antoine_Wauters.jpgPoète, écrivain, scénariste, Antoine Wauters est né à Liège en 1981. Diplômé de philosophie, il a enseigné cette matière et le français pendant quelques années. Attiré par la langue, les mots et la mise en voix, il s’est ensuite lancé dans l’écriture.

Son essai, Debout sur la langue, publié en 2008, a reçu le prestigieux Prix Polak de l’Académie royale de langue et littérature française de Belgique. Son roman, Nos mères, a, quant à lui, reçu le Prix Première de la RTBF, et fut finaliste du prix des cinq continents de la Francophonie, lui permettant ainsi d’être davantage connu au sein du monde francophone.

Il fait partie du conseil d’édition de la L’Arbre à Paroles après avoir travaillé comme directeur de collection aux éditions Cheyne.

Il fait également partie des 15 poètes francophones choisis dans l’anthologie de poètes belges Belgium Bordelio. Projet qui vise à réunir et faire connaître quelques poèmes de trente auteurs belges, francophones et flamands, en version originale et en traduction.

Antoine Wauters mêle la prose et la poésie, il joue avec les mots, les transforme et les invente. Ses textes prêtent à rire, à dire, à lire, à voyager, à inventer pour le plaisir des oreilles et des yeux.

Debout sur la langue – Maelström, 2008
Césarine de Nuit – Cheyne, 2012
Nos mères – Verdier, 2014
Sylvia - Cheyne, 2014

 

Pour moi, si l’écriture a un rapport avec la pierre, c’est avec les plus petites d’entre elles, les grains de sable et les infimes poussières qu’on porte en nous. Mon travail, c’est de jouer avec elles, avec ce qui ne parle pas, ce qui se cache, ce qu’on ne parvient pas à dire. Quelquefois, perdu dans ces poussières, j’aperçois des visages familiers : ma mère, ma grand-mère. Elles me font signe, ont des gestes en ma direction. Dans leurs bouches, on leur a mis des pierres et des cailloux. Alors, ce que je fais, c’est les casser, casser ces choses qui les tuent à petit feu, qui les musèlent, qui les étouffent. Je crois qu’écrire, c’est aller vers davantage de vie, de joie, jour après jour, en se répétant que les poussières peuvent être récupérées. Que tout ce qui est dévasté peut devenir rond, rond encore, comme un vase. Que c’est possible.

Je pense aussi à ce passage, dans Nos mères où il est question de “ cairns ”, précisément : “ Par instinct de survie, nous ramassons les cheveux, les restes de la tonte dispersés à nos pieds, et en faisons provision, un temple, un édifice. On appelle ça, dans le dictionnaire français à côté de nous, de la librairie Antoine, page de droite, 313, on appelle ça un “ cairn ” : pyramide de pierres élevée par des alpinistes, des explorateurs, comme point de repère ou marque de leur passage. Et voilà. Voilà ce que fait l’enfant que nous sommes par instinct de survie, en guise de point de repère ou marque de son passage : il amasse devant lui quantité de mèches de cheveux pour en faire un cairn et ne pas devenir fou. Ne pas perdre la boule ! ”.

Écrire, c’est ça : élever des cairns. Laisser des traces. Se souvenir de notre douleur mais aussi - surtout - de notre joie. Il reste en nous beaucoup de joie. Ne l’oublions jamais !

Antoine Wauters